Pascal LegendreDirecteur de la rédaction de BasketNews, MaxiBasketNews et BAMJe suis en train de préparer une rétro sur l’AS Berck, demi-finaliste de la Coupe des Champions, l’équivalent de l’Euroleague, sauf qu’il n’y avait qu’un seul représentant par pays. C’était en 1974. J’ai pas mal de doc, un bouquin très ciblé « Plein Feux sur Berck », un autre plus généraliste « les Grandes Equipes de basket ». Et puis les collections de L’Equipe Basket Magazine et de France Basket Hebdo. Je suis tombé sur cette phrase hallucinante du président de l’époque, Jacques Renard, dans cet éphémère hebdomadaire : « Pour une première saison en Coupe d’Europe, nous ne nous sommes pas trop mal comportés en arrivant en demi-finale. L’an prochain, notre expérience sera plus forte et nous tenterons de faire mieux encore… »
Non, mais quel toupet ! Berck, c’était –c’est toujours- une ville minuscule de moins de 15.000 habitants et les Nordistes s’attaquaient à des capitales comme Athènes (le Panathinaikos) et Tel-Aviv (le Maccabi). Que croyez vous qu’il arriva ? Hé ! bien, le Pana et le Maccabi furent boutés hors de l’épreuve par des Berckois remontés comme des coucous (ah ! que oui…) Jacques Renard était toutefois un peu trop ambitieux, si j’ose écrire, puisque la saison suivante, l’AS Berck devenue Berck BC, se contenta de récidiver, en se hissant une seconde fois en demi-finale... Trêve de plaisanterie. C’était MONUMENTAL. L’équivalent donc de deux Final Four ! Tout ça pour un patelin guère plus peuplé qu’un pâté de maisons de Paris, mais dont les joueurs avaient des cojones (c’est marrant, ça fait moins vulgaire de l’écrire en espagnol que dans la langue de Bigard).
J’ai lu également le dossier et l’édito de Fabien Friconnet pour le BasketNews qui sort demain, sur la faiblesse récurrente des clubs français en Coupes d’Europe. A un moment, Fabien s’interroge : « Qui a eu la chance de vivre de près les épopées limougeaudes, paloises et villeurbannaises – et même nancéiennes en 2002 – se pose aujourd’hui la question. Antarès est-il capable de renverser – ou aider à renverser un match – comme le faisait Beaublanc, l’Astroballe ou le Palais des Sports de Pau ? En 2005-06, on ne peut pas dire que la salle de Strasbourg ait particulièrement rugi… »
Ceci renvoie à l’extraordinaire exploit que je vous conterai donc dans le prochain Maxi. En résumé, les Berckois victimes de la furia grecque -et je ne parle pas que des joueurs- avaient perdu de 19 points à l’aller au Panathinaikos. Aidés par un public SURVOLTE, ils punirent les Athéniens de 45 POINTS au retour ! Non, je n’imagine pas ça de nos jours à Antarès, au Rhénus, ni même à Gentilly et à l’Astroballe. Seuls La Moutète et Beaublanc, furent capables dans les années 1980/2000 de restituer une ambiance à la Berckoise. Une question de salle. D’identité aussi. D’époque, tout simplement. Dans l’équipe de l’AS Berck de ces années-là, il y avait deux Américains, un Hongrois naturalisé, et sept ch’tis. Plus le coach, Jean Galle, un Calaisien. Alors croyez bien que lorsque le public s’époumonait, criait sa joie, insultait l’adversaire, c’était pour défendre les siens. Dans les années 70, on picolait, on clopait, et on attendait les deux arbitres à la sortie des vestiaires pour leur montrer combien on n’avait pas aimé leur façon de faire. Aujourd’hui, on va au spectacle, en famille. La bière est sans alcool et les derniers fumeurs sont priés d’aller assouvir leur vice à l’extérieur de l’enceinte. Quand un arbitre reçoit une boulette de papier sur l'épaule gauche, le club est suspendu trois matches (sauf s'il est grec, turc, espa... Je m'arrête, je deviens chauvin ;-)) Et il n’y a plus de gars du coin dans l’équipe, qui jamais plus ne passera 45 points à des Athéniens. Voilà, c'est comme ça, on j'y peux rien.
PS : Le site (très artisanal et perdu dans l'univers cybernétique) qui rend hommage aux Berckois est
ici. Même Ken Gardner, l’as américain, y fait son com’, en français.
PS: Vous aviez reconnu Jean Caulier sur la photo? Je l'ai eu au téléphone hier. Voyez-vous, ça m'a fait plus d'effet que d'interviewer une big star actuelle. Au lieu de faire mes leçons, j'ai vu les (rares) matches de Berck qui sont passés à la télé et j'ai relu 12.000 fois les articles parus dans L'Equipe Basket Magazine. Rien ne surpasse les héros de sa jeunesse.
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