Sylvain LautiéAncien coach professionnel et à l'initiative de BasketCoach.comVainqueur
de la coupe Korac en 2002, Sylvain Lautié regarde les matches des Bleus
pour Basketnews.net et nous éclaire sur le jeu des Bleus de son point
de vue d’expert.
En préambule : Pour qu’une analyse de match soit cohérente et avant d’affirmer certains constats, il faut que plusieurs rencontres se soient déroulées, mais aussi connaître les tenants et aboutissants de la vie d’équipe. Devant le petit écran, nous ne voyons en effet que la face immergée de l’iceberg. Ainsi, les entraineurs, joueurs ou le collectif sont souvent critiqués alors que des paramètres fondamentaux internes échappent forcément aux yeux extérieurs.
France bat Lettonie 60-51
West point, mais sans chrono !En regardant la première mi-temps de France/Lettonie, un flash m’a traversé l’esprit. Ou plutôt un flash-back avec un grand coach, Bobby Knight (1965-1971, West-Point), des athlètes, hors normes pour l’époque, des touts petits scores… À un détail près : il n’y avait pas de chronomètre pour les possessions. Et pourtant, hier, le score à la mi-temps nous ramenait bien 40 ans en arrière : 20-16 pour les Lettons ! T. Parker, en conclusion du match de la veille contre les Allemands - « J’ai joué sur un faux rythme » - aurait certes pu nous mettre la puce à l’oreille. Mais à ce point…
Une histoire de tridentIl y a trois saisons, l’équipe de France cherchait son jeu alors qu’elle pouvait compter sur un fameux trident : T. Parker, B. Diaw et M. Pietrus. Avec de tels joueurs, elle était forte dans la course, la transition, la contre-attaque... Son identité du jeu était bien en rapport avec la façon de jouer de ses trois leaders. Cette saison, l’équilibre offensif est bancal. T. Parker, B. Diaw ou F. Pietrus, N. Batum, R. Turiaf, A. Traore, N. De Colo…
Non pas à cause du collectif, mais par la faute de performances individuelles en dents de scie. Et peut être, aussi, à cause d’une… surabondance de talents. Il n’existe manifestement pas de stabilité dans la manière de jouer, pas de hiérarchie naturelle. Il y a cependant des raisons d’espérer, à l’image de B. Diaw qui passe beaucoup de temps sur le terrain, le coach en faisant un relais. On peut ainsi imaginer qu’il va redevenir le joueur d’impact que l’on connait au fil de la compétition. Car, je le répète, un trident fort en permanence sur le parquet est nécessaire pour retrouver une forme de stabilité dans le jeu.
Trouver le tempoL’équipe de France a aussi besoin des shoots extérieurs et de la grosse présence de Nando de Colo, qui doit certes muscler son jeu défensif (à seulement 21 ans, il est encore perfectible). En effet, dans le «go to guy», Tony Parker doit orienter le jeu et trouver des solutions extérieurs : Boris Diaw en tant que deuxième meneur (poste 4), Nicolas Batum pour son activité dans le jeu sans ballon ou par ses drives et… Nando de Colo pour ses tirs à 3-points.
Tony Parker, quant à lui, doit jouer son jeu. Nous attendons de TP des miracles : marquer les paniers aux moments décisifs, faire jouer les autres avant d’être agressif. Sa tâche n’est guère évidente et on peut comprendre, comme il le dit lui-même, qu’il soit parfois dans un faux rythme dans son jeu et ses intentions. Un mauvais tempo est en effet apparu contre les Lettons pour toute une équipe. En première mi-temps, une passe à dix stérile fut développée, du style : «
la patate est chaude, passe a ton voisin !».
Pas de prise d’initiatives, pas de «drives» incisifs, qui sont importants lorsque le ballon n’est pas assez amené en poste bas (ma réflexion sur ce site après France/Allemagne, même s’il faut noter cette fois quelques bonnes relations intérieur-intérieur). D’ailleurs, l’entame de la deuxième mi-temps synonyme de reprise de rythme, fut symbolisée par une agressivité retrouvée de Tony Parker avec, dans son sillage, des shoots importants de Boris et de Nando.
Alternance avec TPEn conclusion, la France a, dans un jeu de passe développé, besoin de l’agressivité de Tony, de ses points, et ce pendant 40 minutes. Par contre, il est important qu’il n’y ait pas de successions de possessions «labellisées TP». Une alternance entre le leader du groupe et ses coéquipiers est alors de mise. Toutes les composantes de l’équipe deviendront en permanence acteurs actifs et non plus spectateurs de l’autre par tranche.
Bon… Il est toujours facile de développer des raisonnements et d’asséner des vérités. Loin de moi cet état d’esprit. Il est toujours facile de dire : «
je le savais !» Qui pouvait affirmer que TP deviendrait le joueur qu’il est aujourd’hui après son départ de France ? J’avouerais que, personnellement, je ne l’avais pas imaginé. Qui pouvait penser, après le tournoi de pré saison à Agde, l’été dernier, que l’ASVEL serait champion ? Je n’aurais pas parié le moindre kopeck.
Toujours est-il que Vincent Collet, le coach de l’ASVEL, a effectué avec son alter ego, Pierre Tavano, un travail extraordinaire. Et ce dont je suis sur aujourd’hui (ça y est, revoilà une affirmation… mais j’assume !), c’est que plus le temps va passer, plus des solutions vont être trouvées par le staff des Bleus (M.Veyronnet, J.Comméres) et les joueurs. N’oublions pas au passage qu’à cause des barrages, la préparation fut courte. Et que l’essentiel est de… GAGNER.
C’est tout (et c’est déjà pas mal, avec la «qualif» assurée pour le second tour). Pour le moment.
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