Sylvain LautiéAncien coach professionnel et à l'initiative de BasketCoach.comVainqueur de la coupe Korac en 2002, Sylvain Lautié regarde les matches des Bleus pour Basketnews.net et nous éclaire sur le jeu des Bleus de son point de vue d’expert.France bat Allemagne : 70-65
En préambule… Pour qu’une analyse de match soit cohérente, et avant d’affirmer certains constats, il faudrait que plusieurs rencontres se soient déroulées, et il faudrait également connaître les tenants et aboutissants de la vie d’équipe. Devant le petit écran, nous ne voyons en effet que la face immergée de l’iceberg. Ainsi, les entraineurs, joueurs ou le collectif sont souvent critiqués, alors que des paramètres fondamentaux internes échappent forcément aux yeux extérieurs. Autant dire que, pour ma première avec
basketnews.net, ce France/Allemagne, eu égard à son déroulé et à une victoire attendue mais accouchée dans la douleur, n’est pas « cadeau ». Mais je me lance, sachant donc que certaines de mes observations ne sont peut être que la vérité d’un jour. Deux points m’ont néanmoins particulièrement interpellé.
LE JEU INTÉRIEUR BIEN EXPLOITÉ ?D’abord, un peu de maths. Nos joueurs intérieurs ont shooté 22 fois (en comptant les shoots de B. Diaw), total auquel il faut ajouter 16 lancers francs tentés, soit 8 possessions offensives en plus (le critère d’usage). On peut donc considérer que les big men ont été actifs puisqu’ils ont partagé 30 prises de tirs. Les extérieurs, quant à eux et selon le même calcul, ont tiré 41 fois.
L’équilibre peut paraître bon, même très bon car pour rester dans les calculs, la France a donc pris 71 shoots. 71 multiplié par 2 (2 qui représente deux intérieurs en permanence sur le terrain) divisé par 5 (5 joueurs en permanence sur le terrain) égale 28 tirs. Ce serait le chiffre pour atteindre une parfaite répartition. Nos intérieurs, on l’a vu, ont shooté 33 fois. C’est donc positif. Cette équation, avec ce partage des tirs, n’est en effet que rarement vérifiée car les extérieurs, balle en main, ayant tendance à oublier de regarder leurs grands.
Dernière stat à prendre en compte : les rebonds offensifs, au nombre de 8 pour les intérieurs et de 15 pour toute l’équipe, ce qui est énorme a ce niveau. Soit un bon indicateur en terme de patience et de collectif (lorsque les shoots sont bien pris, les rebonds offensifs sont en effet plus nombreux). Si on se fiait simplement à ces données statistiques, on pourrait conclure à un bon équilibre entre les secteurs intérieur et extérieur. Ce qui ne fut pourtant pas le cas.
En effet, combien de fois les grands eurent la balle en poste bas ? Trop peu souvent ! D’ailleurs, sur les 15 balles perdues par les Français, au moins 4 résultèrent de tentatives pour amener les ballons dans le post up. Et l’une des conséquences, lorsque le ballon ne va pas en poste bas, est que la relation intérieurs/extérieurs n’existe pas. Plutôt dommageable quand on sait que le shoot pris alors par le receveur est grandement facilité. J’appelle d’ailleurs cela un lancer franc du jeu : le shooteur n’a plus qu’à penser a son bras, ses appuis étant déjà organisés.
De plus, lorsque le ballon est amené dans la raquette, le bloc défensif adverse recule. Cela laisse alors aux extérieurs des choix différents, car il est plus facile d’attaquer lorsque des défenseurs montent sur l’attaquant ou sont « en reprise », que lorsqu’il faut faire la différence balle en main.
En fait, nous avons essayé de passer le ballon trop vite alors que les grands n’étaient pas installés dans leur position. Nous n’avons pas été patients non plus dans nos intentions. Et nous avons redonné le ballon trop rapidement au meneur.
UN BLOC DÉFENSIF TROP AU LARGE ?Diot et de Colo sont-ils de mauvais défenseurs ? On pourrait le penser en voyant les fautes d’Antoine et les « back-door » concédés par Nando. Je dirais à leur décharge que depuis le début de la préparation, nous mettons en exergue la défense, l’agressivité et la vitesse de positionnement du bloc. Nous pensons tous que nous sommes dominateurs physiquement, que nous pouvons remonter la défense et être sur toutes les lignes de passes.
Je ne suis pas d’accord ! Je pense en effet que nous, observateurs, manquons de respect pour nos adversaires. « Papa Schulze », il est costaud. Il va être gêné mais ne craint pas les longs bras de Nico Batum. Dans le même esprit, les Allemands, au final, ne perdent que 10 ballons (contre 15 pour la France). Ils sont certes moins explosifs que nous mais sont « physiques », d’une autre manière.
Il nous faudrait ainsi être patients défensivement et moins être aspirés au large par l’attaque adverse. Car lorsque nous défendons a 10 mètres, le bloc est explosé. C’est peut être pour cela que Vincent Collet a tout fait pour retenir J. Noah au sein du groupe. Lorsque vous défendez au large, il est important d’avoir un contreur, une force de dissuasion que nous n’avons pas vraiment (Ronny Turiaf étant certes impressionnant dans tous les secteurs de jeu).
N’ayant pas ce grand dominateur dans la verticalité, le bloc va peut être devoir reculer d’un cran, pour être plus compact et moins s’exposer aux « back-door ». Car même si Noah n’est pas là, le triangle de rebond sera performant avec la présence de N. Batum, deuxième rebondeur du match hier.
Pour conclure, on demandait de la patience en attaque. Il en faudra peut-être aussi… en défense.
C’est tout. Pour le moment.
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