Sylvain LautiéAncien coach professionnel et à l'initiative de BasketCoach.comEn refaisant récemment «le monde» avec Pierre Galle, illustre meneur international des années «Berck» (particulièrement adroit jusqu’à très longue distance), entraîneur de 1981 à 2003 et surtout… ami, nous avons forcément évoqué le recul programmé (6,25m à 6,75m) de la ligne à trois-points…Mathématique !Abuse-t-on aujourd’hui du tir à trois-points ? La philosophie de certains coaches professionnels est le «tout à l’intérieur» ou le «tout à trois-points», les shoots intermédiaires étant alors bannis. Une philosophie qui ne résulte certainement pas d’un hasard mais qui est plutôt le fruit d’une réflexion mathématique, sur fond de défense de plus en plus compacte car de mieux en mieux organisée. Le recrutement actuel, avec des postes 4 devenus plus shooteurs que joueurs intérieurs, en est d’ailleurs l’illustration.
Lapalissade : 6 sur 10 à deux-points, soit 60% de réussite, c’est une très bonne performance et 12 points figurent au compteur. Avec un pourcentage moindre (40%, 4 sur 10) mais à trois-points, la même performance est réalisée sur le plan comptable. D’où cette philosophie évoquée ci-dessus : pourquoi tenter un tir extérieur à deux-points alors qu’en reculant de 50 cm, il en vaut trois ? Ce transfert du shoot intermédiaire vers le trois-points est devenu bien réel, sachant que le nombre de tirs dans la raquette reste quant à lui stable.
IntermédiaireLa saison prochaine, avec le recul de 50 cm de la ligne à trois-points, celle-ci se situera donc à 6,75 m, ce qui est loin d’être anodin. La question se posera alors inévitablement : devra-t-on reculer d’environ un mètre (une cinquantaine de centimètres de plus afin de pouvoir armer) pour tenter un tir qui vaut trois-points ? Ou se rapprocher pour obtenir, selon la logique, un meilleur pourcentage, voire provoquer davantage à l’intérieur pour obtenir trois-points avec le «and one» ?
À l’image de J.J. Miller, spécialiste du shoot «off the dribble» et qui effectue une excellente saison au Havre, il existe des joueurs très intéressants sur les shoots intermédiaires. Ils vont finir beaucoup d’actions entre les trois-points et la raquette et fragilisent les défenses comme, en tennis, on perturbe le double adverse avec des trajectoires de balle situées entre les deux joueurs. Les rotations défensives deviennent alors moins évidentes.
Comme la mode…Certaines philosophies vont ainsi évoluer. Les intérieurs auront plus souvent le ballon. Le terrain semblera plus grand car de fait, le «spacing» sera de meilleure qualité. Les défenses risquent de revenir vers des schémas plus simples avec moins de rotations, plus axés sur les duels, et on risque de voir des zones plus traditionnelles revenir au goût du jour.
Il y a quinze ans, les défenses de zone se voulaient favoriser les duels («match up»). De nos jours, les défenses homme à homme engendrent beaucoup de rotations et ressemblent à de la zone. Dans un an, je pense que la zone sera… zone, et que l’homme à homme sera... homme à homme. Comme quoi le basket, comme la mode, est un éternel recommencement.
C’est tout. Pour aujourd’hui, car je pense aussi que ce recul de la ligne à trois-points devrait être encore moins simple à «digérer» chez les filles, qui plus est avec un ballon que l’on a voulu «ajuster» au secteur féminin. Plus léger, plus petit, il ne devrait pas favoriser l’adresse à très longue distance. Et l’on n’a pas parlé de la ligne NBA située, elle, à 7,25 m. Mais on a dit que c’était tout. Pour aujourd’hui.
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