BasketNews Network
Ils sont aveugles, ou quoi ?
Mardi 20 Janvier 2009
Contenu
Réactions
Fabien Friconnet, 34 ans
Journaliste à Basket-Hebdo, puis BasketNews depuis 1999
Rédacteur en chef de BasketNews et MaxiBasketNews

Je dois vous confesser un vice. Depuis le début de la saison, j’aime bien regarder jouer les Indiana Pacers, et pas seulement pour avoir une chance d’entrapercevoir Larry Bird dans les tribunes. Ah, les Pacers ! Une raquette « blanc de poulet », avec Nesterovic, Murphy et Foster, plus le prospect – black – Roy Hibbert ; des « meneurs » de jeu percutants mais goinfres et qui n’y comprennent pas grand-chose en playmaking under pressure (Ford et Jack) ; une défense parfois proche du zéro absolu ; un flagrant manque de valeur athlétique, à presque tous les postes, et de role players ; des résultats décevants… Mais Danny Granger.

La nuit dernière – c’était le MLK Day aux USA – ce garçon bien éduqué a une fois de plus traîné son équipe par la couche : 30 points, dont un « triple » de toute beauté à deux secondes de la fin, pour égaliser dans la salle des New Orleans Hornets, panier malheureusement pour lui annulé dans la foulée par un exploit de Chris Paul.

Alors, bon, cet ailier bien charpenté – 2,03 m – ne sera pas élu défenseur de l’année et n’oublie jamais de se tailler sa part de shoots, mais quels splendides fondamentaux, quelle qualité de tir ! Ni spécialement athlétique ni trop terrien, il a presque tous les moves offensifs à sa disposition. Il a ça dans le sang. Et quand il aura vraiment mis son impact individuel au service de ses coéquipiers, ses statistiques « complémentaires » (5,2 rebonds et 3,5 passes) gonfleront.

Il tourne actuellement, avec une impressionnante régularité, à un peu plus de 26 points par match, ce qui en fait le quatrième marqueur de la ligue, derrière Wade, James et Bryant, rien que ça. Mais sans faire de bruit, le caractère « non spectaculaire » de son jeu – cela a-t-il un sens ? – et les résultats de son équipe étant un sérieux handicap. Granger est fort, très fort, mais cette nouvelle n’a pas encore atteint le cortex cérébral de nombreux fans de NBA, notamment les internautes appelés à élire les All-Stars. Au dernier pointage – les résultats définitifs ne sont pas encore sortis – Granger était devancé, dans la catégorie « ailiers à l’Est » par, notamment, Shawn Marion et Hedo Turkoglu. Au total du décompte « scratch », Granger arrive derrière Vince Carter (bon…), Gilbert Arenas (il n’a pas joué cette saison !), Luke Ridnour (rires), Jameer Nelson (!), Bruce Bowen (arrghhh), Shane Battier (lol) et Rafer Alston (si mon frère jouait aux Rockets, il aurait des voix).

Plus caricatural de cette terrible hype qui sévit, et de l’hérésie qui consiste à laisser les internautes chinois décider des cinq majeurs du All-Star Game : Tracy McGrady et Yi Jianlian obtiennent le même nombre de voix, soit six fois plus que Granger ! Une plaisanterie qui n’en est malheureusement pas une. L’un, le Chinois (qui est dans la même catégorie, « ailiers à l’Est », que Granger), bénéficie du chauvinisme de base de son peuple. L’autre, T-Mac, est encore à cette « altitude électorale » parce qu’il a la chance de jouer avec Yao Ming mais, aussi, parce que la hype et l’image sont comme un parfum capiteux, elles laissent dans la pièce, bien après que son occupante l’a quittée, une traînée enivrante dans l’air.

T-Mac n’a que 29 ans mais déjà douze saisons dans les jambes. Entre blessures, méformes et baisse de la motivation, l’ancien meilleur marqueur de la NBA, qui ne pèse désormais que 15 points par match, à 39%, n’est plus que l’ombre de lui-même. Les Rockets, qui jouent mieux sans leur « star », ne veulent d’ailleurs plus de lui. Aujourd’hui, Danny Granger est meilleur que le « cousin » de Vince Carter. Bien meilleur. Les coaches, qui désigneront les bancs du ASG, lui rendront peut-être justice. C’est un minimum…