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Tonnerre de chocolat !
Tonnerre de chocolat !
Vendredi 10 Octobre 2008
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Fabien Friconnet, 33 ans
Journaliste à Basket-Hebdo, puis BasketNews depuis 1999
Rédacteur en chef de BasketNews et MaxiBasketNews

Il était là. Ce jeudi soir, à Bercy, je l’ai croisé. Pour un peu, si j’avais osé, j’aurais craqué et j’aurais pris la pose avec lui. J’en aurais fait un poster, pour orner un mur chez moi. Il était splendide. Costard de «pimp» jaune éclatant. Rasé de frais. Un diamant à l’oreille. La banane, comme toujours. Immense et rayonnant, il embrassait du regard l’arène parisienne et les pom-poms du Heat qui bourdonnaient autour de lui.

Non, il ne s’agit pas de Dwyane Wade. La superstar – sur qui on mettrait bien une piécette pour le titre de MVP, à condition qu’il parvienne à traîner dans son scintillant sillage l’équipe du jeune coach Erik Spoelstra – a très professionnellement sur-dominé la rencontre pendant quelques minutes, avant de rapidement regagner le banc et de regarder son équipe lâcher prise dans le moneytime. Il ne s’agit pas non plus de Vince Carter. L’ancienne superstar a enchaîné quelques arabesques avant de légèrement se blesser et de se diriger, également, vers la touche. Ni même de Lenny Kravitz, discrète guest-star passée inaperçue.

Non, je parle de Monsieur Darryl Dawkins, alias «Chocolate Thunder», ogre rigolard de 2,11 m et 120 kg – poids de «forme» d’époque, auquel il faut bien ajouter 30 kg aujourd’hui – qui a enchanté les fans des Sixers, des Nets, des Pistons et du Jazz entre 1975 et 1989, avant de finir sa carrière en déchirant les cercles de la Lega, en Italie, puis avec les Harlem Globe Trotters et les Sioux Falls Skyforce en CBA ; et enfin en tant que coach du baroque Winnipeg Cyclon, en IBA, il y a dix ans de cela.

Ce surhomme, qui fut l’un des premiers à sauter directement du lycée à la NBA, aurait pu devenir une étoile des parquets. Il ne fut qu’un «enforcer» charismatique, qui donnait des surnoms à chacun des puissants dunks qu’il se faisait un point d’honneur à coller, de toutes ses forces, dans la tête de ses adversaires, jusqu’à casser un panier, ce qu’il fit quinze ans avant Shaquille O’Neal. Ce titan cumula plusieurs titres de joueur le plus adroit de NBA – dunks, dunks, dunks – et détient toujours le record du nombre de fautes sur une saison (386 en 1983-84, soit près de cinq par match).

DD perdit trois finales NBA avec Philadelphie avant de céder la place à Moses Malone, qui offrit immédiatement le titre aux Sixers en 1983. Injuste ? L’homme s’en fout, qui consacre sa vie à la poilade et à «Lovetron», cette planète virtuelle où, dit-il, il peut entraîner, par l’esprit, ses amis et nombreuses conquêtes féminines, dans un déluge coloré d’alcool, de drogue et de francs éclats de rire.

«Tonnerre de Chocolat», c’est une réminiscence de cette NBA bigarrée, foisonnante, rigolote, tout sauf professionnelle, qui ne se prenait pas au sérieux, et qui n’existe plus. Ça n’est pas triste, c’est juste comme ça. Mais je dois bien avouer que je fus plus enthousiasmé à la vue du grand bonhomme qu’à celle de ces étranges dernières minutes, où des Joel Anthony, Daequan Cook, Markus Banks et autre David Padgett disputaient la victoire à des Maurice Ager, Eddie Gill et autre Trenton Hassell. Autant de joueurs que je ne prendrais probablement pas dans mon équipe d’Euroleague, si j’en étais le coach.

Bien sûr, je fus heureux de découvrir, pour de vrai, Michael Beasley, dont il est évident qu’il pourra marquer vingt points dans un match à volonté, ou presque, ou le talentueux Chris Douglas-Roberts, ancienne star de l'université de Memphis, qui va faire un bien fou aux Nets. Bien sûr, c’était du basket, donc j’ai aimé, au moins un peu. Mais, il n’empêche, mû par une drôle de fascination et, certainement, une sorte de romantisme nostalgique et suranné, je ne pus m’empêcher d’envoyer de fréquents coups d’œil vers Darryl Dawkins. Car enfin, que diable, Chocolate Thunder !